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Bien-être en maison de repos

Trop de médicaments antidépresseurs et antipsychotiques?

bien etre MRSelon une étude menée à l’initiative de la Mutualité chrétienne (MC) sur base des données de ses affiliés, près de 40% des résidents en maisons de repos (MR & MRS) consomment des antidépresseurs et quelque 20% des antipsychotiques.

Antidépresseurs

En outre, plus de la moitié des résidents qui consomment des antidépresseurs reçoivent des médicaments qui ne sont pas appropriés aux personnes âgées. Ces dernières, en raison des changements métaboliques et du vieillissement de l'organisme, sont plus touchées par les effets secondaires : somnolence, déséquilibre, risque de chutes, dégradation des facultés cognitives...

L’étude révèle aussi que l'entrée en maison de repos augmente fortement le risque de consommer des antidépresseurs et ce, de manière durable voire permanente. À niveau de dépendance similaire, les personnes qui résident en maison de repos sont nettement plus nombreuses (45%) à recevoir des antidépresseurs que celles qui bénéficient de soins à domicile (32%).

Selon les propos de Valentine Charlot, directrice de l'ASBL Le Bien Vieillir, rapportés dans l’article du journal En Marche, « Trop souvent hélas, l'admission en maison de repos est brutale, décidée dans l'urgence, parfois sans que la personne elle-même ait eu son mot à dire (…) Dans de telles circonstances, des antidépresseurs peuvent peut-être aider la personne à faire le deuil de son domicile. Mais il importe d'interroger rapidement l'utilité de prolonger cette médication."

Des moments de chagrin ou de tension, de la souffrance psychique sont-ils nécessairement signes de maladie ?, se demande plus fondamentalement Gérard Pommier, dans Le Monde Diplomatique de ce mois de mars ("La médicalisation de l'expérience humaine", p 20). Le psychiatre français dénonce le fait que l'industrie pharmaceutique incite à transformer des difficultés normales liées à l'expérience humaine en pathologies pour apporter des solutions médicamenteuses. De nos jours, explique-t-il, si l'on est triste plus de 15 jours après le décès d'un proche, on est considéré comme malade et l'on vous prescrit un antidépresseur. Comme on ne peut arrêter le traitement brusquement, la prescription se prolonge et peut durer quasi toute la vie, accuse-t-il.
(Extrait de l’article du journal En Marche).

Antipsychotiques

Les antipsychotiques ont un effet inhibiteur sur l’anxiété et l’agitation. Ils sont normalement utilisés pour calmer les délires et les hallucinations dans des formes aiguës de psychose. Parmi les résidents des MR-MRS, membres de la MC, près d'un sur cinq en consomme. Et dans deux cas sur trois, les médicaments donnés sont inappropriés.
Ici aussi l'entrée en maison de repos augmente de près de 40% l’usage d'antipsychotiques – généralement durable –.

La surconsommation de tels médicaments n'est pourtant pas une fatalité. On constate d'importantes disparités entre maisons de repos. Certaines institutions ont pu, en effet, diminuer l’usage de psychotropes.

Pour des maisons de repos ouvertes

Pour la MC, les résultats inquiétants de son étude témoignent des dérives d’une approche essentiellement médicale de l’hébergement et du vieillissement en général.

"Certes, les personnes âgées ont souvent de nombreux problèmes de santé qui nécessitent des traitements. Mais la mission essentielle des services résidentiels est d'accompagner la vie des personnes âgées et non de gérer des aboutissements de vie, rappelle Jean Hermesse, secrétaire général de la MC. Les résidents se plaignent souvent qu’on ne leur demande quasiment jamais leur aide ou leur avis. Ils doivent pouvoir se sentir chez eux, être respectés et valorisés. C’est précisément sur le terrain de la qualité de vie, à la fois si vaste et si concret, que de nombreuses institutions doivent faire des progrès. Ce sera la seule manière de réduire l’usage des antidépresseurs et antipsychotiques", conclut-il.

Selon Anne Jaumotte, chargée de projets à Énéo (mouvement social des aînés lié à la MC), "Produire de la qualité de vie en maison de repos, ça ne s'improvise pas (…) Offrir une qualité de vie, cela passe par 36.000 petites choses; l'organisation du travail est une des clés de la réussite. Tenir compte de l'heure du lever habituel de la personne pour la toilette, prévoir des espaces de jeux pour les petits-enfants, décorer les lieux, fleurir le jardin, créer un potager collectif, accepter le contact avec les animaux, impliquer les résidents dans les tâches du quotidien, organiser des activités d'éveil aux cinq sens, lire le journal à ceux qui le souhaitent, donner de la place à la spiritualité, s'ouvrir à la richesse du volontariat... Toute initiative est bénéfique dès lors qu'elle répond au besoin de la personne et associe dignité, autonomie et plaisir. Garder le résident au centre des préoccupations, acteur de sa propre vie, par l’écoute et la bienveillance, est primordial."

Photos © oneinchpunch & © photo 5000 - Fotolia.com

Mis en ligne le 23/04/2018

Référence
D’après un article de Joëlle Delvaux (dont nous reprenons, avec son accord, de larges extraits). Les antidépresseurs, symptôme d'un mal-être dans les maisons de repos ? Site du journal En Marche 15/03/18.

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